PAROLE SANS FRONTIERE - PSYCHANALYSE ET EXIL
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Séminaire d’introduction à la clinique interculturelle du 19/01/2007 " PERINATALITE ET INTERCULTURALITÉ"

De l’accompagnement prénatal à la naissance de l’enfant, le transculturel convoqué autour du berceau. Par Virginie LEFEUVRE, psychologue clinicienne

D 8 février 2007     H 09:12     A     C 0 messages


De l’accompagnement prénatal à la naissance de l’enfant, le transculturel convoqué autour du berceau

V. LEFEUVRE, psychologue clinicienne

« (...) nous naissons quelque part. Est - ce le hasard ou bien le destin qui préside à la localisation du berceau ? Cela importe peu ; au cours du temps, - à travers l’immatérielle mais si dense épaisseur du temps, le hasard se transforme en destin. Nous naissons quelque part. Certains demeurent , leur vie entière , en leur terroir d’origine, d’autres s’en éloignent, parfois s’en séparent à jamais. Cela importe peu ; le berceau balance si doucement l’enfant, il est une nacelle qui vogue sur place, un perpétuel roulis dans l’immobilité. Le berceau- balancelle désamarre le sol. Le mot berceau dérive de « ber »-charpente qui supporte un navire en construction et qui glisse à la mer avec lui pendant le lancement. Le berceau, invisible charpente, accompagne tout au long de sa vie celui qu’il a mis en mouvement.
C’est peu à peu , c’est pas à pas, que nous composons en nous le lieu de nos origines lequel devient alors notre destination. Pour y naître après coup, pour mourir à son seuil ? Cela importe peu : la vraie vie est nomade(...)
Nous naissons quelque part et nous vivons ici ou là : partout il s’agit de préférer les traces aux racines, l’élan à l’immobilité, le dehors au dedans, et à la fin la disparition dans les sables ou le vent plutôt qu’un mausolée. Peu importe où l’on meurt ; on meurt toujours en chemin, quelque part aux abords de l’ailleurs qui luit aux confins de la terre et dont chaque lieu se doit de réverbérer la troublante lumière »

 [1]

Cela fait quelques années maintenant, si peu, que je suis avec toujours autant d’intérêt le passionnant travail de réflexion que mènent les membres de l’association Parole Sans Frontières auxquels je dois particulièrement pour l’élaboration de ma pratique de jeune clinicienne auprès d’adultes isolés et familles venues d’ici ou d’ailleurs ,en situation d’exil et de grande précarité.

Dans le prolongement de mes recherches de fin d’étude autour des incidences cliniques de l’exil des parents chez l’enfant, j’ai eu l’occasion d’effectuer un séjour de deux années en Outre Mer où je me suis interrogée pour moi même sur cette expérience toute particulière de vivre une maternité en terre étrangère,ainsi qu’en rencontrant d’autres parents et futurs parents antillais et métropolitains décrivant ce qui se jouaient pour eux dans cette expérience de l’entre deux que recèle le temps de la grossesse et de l’accueil de l’enfant, à l’épreuve du déplacement .

De retour en métropole , à l’écoute de familles traversées par l’exil , cette réflexion autour de l’intérêt d’un accompagnement parental en pré et post natal à continué à cheminer et je suis très reconnaissante à Bertrand Piret de m’avoir donné la possibilité d’explorer plus avant ce champs de recherche et de réflexion en me proposant le cadre de Parole Sans Frontière pour lui donner forme .

En effet, cette journée organisée autour du thème périnatalité et interculturalité nous invite à engager notre réflexion sur les enjeux subjectifs de la période périnatale à l’épreuve de l’exil, des effets du déplacement, de l’errance, de la grande précarité sur un sujet qui s’apprête ,père ou mère à accueillir son enfant. Je proposerai donc dans cette introduction quelques pistes de réflexion qui m’ont amené à solliciter les intervenants qui ont accepté de se joindre à nous aujourd’hui pour nous faire part de leur pratique et leur réflexion .

Chaque société est porteuse d’un projet pour les enfants qu’elle va accueillir en son sein et c’est l’ensemble des pratiques qu’elle génère pour elle même, plus ou moins ritualisées en direction des futurs parents et de l’enfant à naître qui vont participer , de ce processus d’humanisation de l’étranger qu’est le nouveau né .
Ce processus ne débute pas le jour de la naissance mais peut être appréhendé dès lors que la femme est reconnue comme mère en devenir et l’homme en attente de paternité à savoir qu’est ce qui se construit psychiquement et culturellement pour une femme et un homme en passe d’accueillir un enfant .
Aborder ce qui peut se jouer sur la scène parentale et interculturelle suppose de prendre en considération ce qui se joue dans notre société aujourd’hui autour de la naissance , marquée par l’évolution des bio technologies médicales (la complexification des pratiques échographiques,les techniques de procréation médicalement assistées, les modalités de prise en charge des grands prématurés...) qui bouleversent et façonnent de manière inédite les pratiques en périnatalité et les institutions qui accueillent futurs parents et nouveaux nés venus d’ici ou d’ailleurs.
Il s’agit aussi d’y envisager la spécificité des trajectoires individuelles chacune inscrites dans leur histoire et traversée par ce temps particulier de la grossesse et de l’accueil de l’enfant tout en étant sensible à la spécificité des contextes socioéconomiques dans lesquels cette éxpérience va être amenée à se vivre.

Comme le définit Catherine Dolto à partir de sa pratique en Haptonomie , ce qui viendrait témoigner de la transculturalité à l’œuvre dans nos pratiques en période périnatale c’est d’envisager le singulier à construire à chaque fois , à chaque naissance et que cela passe par des éprouvés communs à chacun où il s’agit d’avoir l’humain à l’horizon en donnant la possibilité au bébé de se découvrir comme un sujet en devenir.

Ainsi,convoquer le transculturel autour du berceau, ce serait d’une certaine manière interroger le berceau culturel des bébés et de leurs parents aujourd’hui , dans nos sociétés postmodernes , s’interroger sur les processus initiatiques qui sont à l’œuvre, malmenés ou réinventés,et sur les montages subjectifs mobilisant créativité et vulnérabilité permettant aux parents de se reconnaître et s’inventer comme tels dans la société qui va voir naître leur enfant .

De manière générale, la période périnatale se caractérise par une mise à l’épreuve des fondations identificatoires des processus du devenir mère et du devenir père .Elle est ainsi considérée comme moment privilégié de résurgences des traumatismes passés . Elle convoque le franchissement d’étapes intergénérationnelles dont « le programme conscient est toujours infiltré de traits inconscients qui vont faire retour dans cet étranger familier : l’enfant » [2]

De l’hypothétique projet parental d’enfant à la fin de la deuxième année du nourrisson, la périnatalité psychique convoque la question sur les origines et ses conflits de séparation, la différence des sexes , les avatars de la genèse du soi et de la relation d’objet. Elle représente une phase d’activation et de révision des fantasmes originaires ( vie intra utérine, scène originaire, castration et séduction).
Elle est caractérisée par les enjeux de transmission de la vie , de mise au monde, du risque de mort, de transmission générationnelle.

La clinique de l’accompagnement des futures mères en prénatal met en effet en lumière la transparence psychique à l’œuvre , décrite par M.Bydlowski [3] à partir d’une certaine levée du refoulement favorisant une grande perméabilité aux représentations inconscientes et souligne l’opportunité d’un accueil prénatal pendant cette période très particulière de la vie d’une femme.

D’autre part ,les travaux de S Missonier sont assez incontournables pour aborder la clinique périnatale .Pour ceux qui ne connaissent pas , il est psychologue clinicien à la maternité de l’hôpital Mignot de Versailles à Paris , directeur de recherche au LASI « Laboratoire de recherche en psychanalyse des atteintes somatiques et identitaires » et coordinateur avec Bernard Golse et Michel Soulé du groupe de travail « le Premier chapitre » animé au sein de la WAIHM francophone à Paris( World Association for Infant Mental Health).

Sans pouvoir aborder ici dans le détail l’élaboration théorique de ce clinicien du prénatal, l’un des apports très intéressant de S Missonier pour ce qui nous concerne aujourd’hui réfère il me semble à la description d’un fonctionnement psychique parental qu’il nomme « placentaire » et dont la finalité fonctionnelle serait la gestation psychique de la contenance de l’enfant dont « ‘l’enfant du dedans » ( l’embryon/fœtus) serait une incarnation .Il ressort de cette élaboration théorique l’intérêt de reconnaître la puissance de ce travail du virtuel parental où se conjuguent créativité et vulnérabilité, à l’œuvre pendant la grossesse ,et ce qui peut s’en actualiser en post natal [4].

Du côté du père , comme le décrit R Teboul [5], c’est un ensemble d’actes , sous formes de passages qui vont avoir un impact sur la transformation de l’identité qui fait de l’homme un père.

Le mythe de Metis nous éclaire ainsi sur ce devenir père qui n’a guère que sa tête pour héberger la grossesse qu’il vit . Ainsi Metis est elle convoitée par Zeus, à l’épreuve de l’Oracle qui prédit la dangerosité de l’enfant qui naîtra de cette union et tuera son père.
Zeus avale alors Métis qui continue malgré tout sa grossesse et donne naissance à Athéna.
C’est en ressentant de violentes douleurs à la tête que Zeus appelant à l’aide se fait ouvrir le crâne par Héphaistos laissant surgir de ce crâne ouvert Athéna, la déesse de la guerre...

Cette métaphore de l’homme enceint nous décrit ce processus de l’incorporation par l’homme de la fonction procréatrice de la femme pour pouvoir poursuivre cette grossesse et donner naissance , « par la tête », à l’enfant qu’ il a conçu, autrement dit en le pensant, en le rêvant , en s’angoissant, en se souvenant...
Sur un plan symbolique , il est tout aussi important de faire un bébé et de le voir se développer dans le corps de la mère que d’y associer des affects, de l’inscrire dans une histoire, une généalogie par rapport à laquelle on va soi même en tant que père , ce qui se joue aussi chez la future mère, devoir se resituer , en donnant la vie, se confronter dans le même temps à la perspective de sa propre finitude et à celle de son enfant.

Le travail du pédiatre Alain Benoît va également dans ce sens de reconnaître cette gestation psychique du côté paternel et qui l’a conduit à créeer il y a quelques années l’un des premiers groupe de paroles d’hommes en attente de patenrité au sein de la maternité parisienne où il exercait . Il met l’accent sur l’intérêt de favoriser la transmission horizontale entre futurs pères et les déjà pères pour accompagner ce passage où se construit la paternité. C’est ce que nous retrouvons par ailleurs à l’œuvre dans le groupe de parole de femmes animé par Christine Davoudian.

« Entre rupture et continuité, il existe pour chaque parturiente, chaque père un point d’équilibre entre catastrophe naturelle d’une impossible préparation au risque de la première rencontre avec un inconnu et anticipation créatrice d’une rêverie parentale contenante, gage de prévention à l’effroi traumatique de l’accouchement et de la confrontation à cet étranger qu’est le nouveau-né » [6]

Ces enjeux subjectifs de la périnatalité, comme le souligne Denis Mellier [7] , qui concernent la transmission de la vie psychique , « posent la question des frontières entre les êtres, comme de leur possibilités d’étais, d’appui pour soutenir le risque. Situons ici la place des professionnels, leurs fonctions en prévention consisteraient à soutenir cette transmission, à l’accompagner, dans tous ces enjeux et aux différents niveaux de ses manifestations , corporelles, somatiques, sociales, juridiques... »

Dans ce prolongement, S.Missonnier [8] interroge en quoi l’avancée des biotechnologies médicales autour de la procréation et de la naissance et particulièrement la place de l’image échographique dans l’économie psychique des futurs parents, vient éclairer ce qui existe sous différentes formes dans différentes cultures .
Il insiste ici sur l’intérêt de travailler sur les identifications projectives parentales par rapport à l’enfant à naître , à entendre en terme de relation d’objet virtuel et d’une démarche de prévention pensée en terme d’anticipation de ce qui se joue dans cette relation d’objet virtuel que représente l’enfant à naître plutôt que de tomber dans l’écueil de la prédiction .

Ceci amène à interroger les enjeux d’un accueil en période prénatale favorisant l’élaboration de qui vient à émerger à la faveur de cette transparence psychique parentale dans le cadre du suivi coutumier de la grossesse et du post partum et plus particulièrement dans des contextes de grande vulnérabilité comme nous pouvons le rencontrer dans nos pratiques auprès des femmes isolées ou des couples devenant parents dans un contexte d’exil qui se conjugue souvent avec la grande précarité .
La précarité à laquelle se trouve trop souvent exposée ces couples où ces femmes seules, isolées c’est la violence du quotidien qui la signe.

Quand le séjour est incertain voir devenu illégal, femmes sans papiers , sans revenus, sans toît, sans droits, exposées aux violences de la rue, du squatt, à la maltraitance du conjoint voir de la famille qui héberge.., celle de l’Etat aussi qui pousse jour après jour à se vivre dans la clandestinité, à une réclusion dans l’érrance, dans le hors lieu...Comment faire émerger une place pour l’enfant dans le psychisme de la mère, lequel peut être trop souvent envahit par la nécessité de survivre au quotidien ?

C’est à travers les apports de la clinique de l’exil tel qu’elle a été pensée par F.Benslama , O.Douville , R.Stitou.. .que je souhaiterai articuler cette présentation introductive de la journée dont le thème centrale est ce qui se joue autour de la naissance , en terme de passage d’une génération à une autre , de transmission intergénérationnelle, transgénérationnelle, à l’épreuve de cette expérience de l’exil .

Comment aborder la souffrance psychique de sujets dont l’expérience a été marqué par le déplacement, comment en penser les effets subjectifs et en quoi la période périnatale viendrait-t-elle plus particulièrement réveiller ce vacillement du sujet aux lieux de ses origines ? .
Ce sont les processus de filiation qui sont ici convoqués, remobilisés, c’est à dire ce qui permet au sujet de se situer en regard de ses ascendants et ses descendants comme ayant été engendré et à son tour capable d’engendrer.
Le lien de filiation et d’ascendance ne désigne pas des places assignées mais bien l’acte de nommer , la construction permanente, l’élaboration consciente et inconsciente du sujet en regard de ses origines dans leur dimension individuelle, familiale, fictionnelle.
C’est justement cette mise en sens, en lien des processus de filiation qui semblent être convoqués dans l’expérience de l’exil .

De quoi parlons nous quand nous parlons d’exil ?
Comme le définit R.Stitou, l’exil serait à entendre dans sa dimension universelle et singulière . L’universalité de l’exil est alors à entendre comme ce premier exil fondateur de notre humanité que constitue la naissance . Exil primordial, inactuel et fondateur de notre subjectivité dans cette première violence de l’expulsion hors du corps de la mère et du face à face au monde inconnu laissant le sujet à jamais en errance « exilé de la plénitude » [9]

L’universalité de l’exil se déclinerait alors en trois dimensions : l’exil de la nature désignant l’entrée du sujet dans le symbolique, l’exil de la jouissance toute référant à cette perte primordiale constitutive du désir du sujet et l’exil du signifiant en ce qu’il ne peut être totalisé , par essence troué et à l’origine de notre inscription dans le langage.
L’exil pensé dans son universalité , en tant que perte originaire à tout être humain résonnerait ainsi dans chaque sujet , à savoir comment il est approprié par chacun .

Dans l’expérience de l’exil actuel , l’expatriement, le passage entre deux frontières, les effets des modernités sur le sujet, se pose alors la question de savoir comment se déconstruit, se rejoue pour le sujet son rapport à ses origines.

En exil et en rupture, des hommes et des femmes sont ainsi « mis en demeure » de « psychiser » des situations inédites, et particulièrement quand il va s ’agir de devenir parents en terre d’exil.

A partir d’une consultation à Mantes la Jolie où il a mené une recherche sur la maternité des femmes migrantes, F.Benslama déplie dans son article « L’enfant et le lieu » [10] ? ce que l’exil peut recouvrir comme expérience subjective, découvrant dans le même temps le rapport du sujet au lieu . Le lieu dont nous parle Benslama ne se réduit pas une géographie de l’espace et des frontières mais désigne cette « part localisable où l’être trouve un site pour advenir ».Le lieu est alors appréhendé dans sa dimension existencielle, métaphorique, institutionnelle et nous permet d’interroger l’habitabilité existencielle et psychique d’un sujet en mal de lieu pour advenir .
Il relève ainsi différentes figures de ce rapport au lieu en souffrance révélé par l’exil et dont l’enfant vient comme cristalliser ce rapport des parents en devenir à ce qui se trouve chez eux remobilisé .
Il se penche ainsi sur les problématiques de l’enfant qui vient au monde dans « un lieu qui ne fait pas monde pour sa mère », l’enfant sacrifié au lieu, l’enfant et l’errance de sa mère , l’enfant - lieu de sa mère, l’enfant exposé au lieu entre parenthèses , l’exil comme lieu de déchéance du père, l’entre- deux lieux...

O Douville [11] souligne ainsi « que le fait pour une femme de donner naissance à un enfant en terre d’exil est bien un moment charnière de haute symbolisation en ce sens de l’adéquation ou l’inadéquation des romances oedipiennes inconscientes et des fictions sociales (qui) sont, à ce moment là, mises à l’épreuve . Deux questions reviennent « à qui appartient l’enfant ? » et « à qui est dû l’enfant ? ».
Ces deux questions nécessitent une articulation subjective, que renforce et valide un collectif entre corps, langue et lieu (...)Des nouveaux montages entre enfant et lieu ( Benslama 1991), entre généalogie et génération ( Guyotat,2000) se donnent à lire dans les institutions thérapeutiques modernes ( et viennent ) se mettre en forme des empêchements de transmission, des filiations en mutation et /ou en impasses.
Des liens en souffrance dans les familles ne se projettent pas nécessairement ni ne se codifient dans des dispositions traditionnelles du soin coutumier et de la thérapie ancestrale ( Audisio et Douville, 1994, 1999) »

Ceci nous amène à prendre en considération les limites du dispositif ethnopsychiatrique accueillant des familles « migrantes » , tel qu’il est proposé à la consultation de Bobigny.
Comme l’a récemment rappelé M.R Moro lors du 7eme colloque international de périnatalité d’Avignon en octobre dernier , le cadre ethnopsychiatrique est constitué de plusieurs cothérapeutes pluridisciplinaires d’origine culturelle diverses . Son fonctionnement repose sur portage culturel qui« contraint les thérapeutes à toujours formuler les propositions dans le cadre des théories culturelles de la famille, comme par exemple les théories étiologiques traditionnelles ou les logiques thérapeutiques non occidentales, bref dans le cadre culturel de la famille » [12] .
Il procède ce faisant par injection de sens de ce que l’autre aurait perdu de son identité culturelle au cours de la migration et la question de l’origine se trouve rabattue au rang d’un objet totalisable, objectivable, livré à l’autre dans un rapport d’extériorité où il s’agit d’opérer un retour vers la culture supposé d’origine.

Il me semblait intéressant dans le prolongement de ces remarques de rapporter le travail de Bernard Doray et Concepcion Dalargarja, qui sont intervenus à ce même Colloque d’Avignon [13] en présentant le travail des « partéras » mayas, peuple en résistance au Guatemala et au Mexique.
Ils ont ainsi soulignés comment se transformaient les représentations et pratiques dans l’ère culturelle Maya à l’épreuve des violences de guerre qui poussent ces communautés en exil. En effet comme le rapportent les partéras qui ont accepté de témoigner de leur pratique auprès des mères et des nourrissons,tous les rituels ont été interdits, jusqu’à la consommation de la plante sacré, le maîs, ceux là même qui accompagnent la mise au monde dans une actuation symbolique qui inscrit le bébé dans sa culture et à partir desquels s’articulent les processus de filiation et d’affiliation.

Ce qui ressort de ce travail d’observation et d‘entretien avec ces sages femmes traditionnelles c’est la capacité de ces populations déplacées à reconstruirent des lieux , à mettre en sens ,à inventer des pratiques où va opérer le sacré et ainsi à résister aux formes sociales qui veulent les soumettre, ouvrant la possibilité de se projeter dans un avenir.

Les lieux où l’on prépare la venue de l’enfant , où l’on fait naître son enfant,sont aussi des lieux où l’on va se confronter,à l’annonce du handicap, à la mort et comme le souligne S.Missonnier, ils peuvent se constituer comme autant de scènes rituelles d’initiation à la parentalité, pour peu que l’on se rende attentif à l’efficacité symbolique des rites qui y sont proposés et à leurs significations subjectives et institutionnelles .
C’est donc l’ensemble des rencontres entre les futurs parents , leur bébé « virtuel » et l’ensemble des professionnels , nottamment les soignants et les gestes techniques qui entourent le temps de la grossesse et la venue où le deuil de l’enfant qui sont concernés et susceptibles de « donner lieu à » une élaboration symboligène du devenir parent mobilisant les effets d’une rencontre ‘transculturelle’ entre parents et institution autour du berceau accueillant l’enfant à naître .

C’est à leur potentialité opérante en terme d’organisateur psychique qu’il s’agit de se rendre sensible pour que ces pratiques qui entourent la grossesse et la naissance puissent être pleinement constructives , symboligènes, vecteurs de sens, dans les processus de parentalité.

Si la maternité a pu être qualifiée de temple moderne de la fécondité( Missonnier) , il reste essentiel de se rendre sensible à ce qui peut être pensé,proposé autour, sur les scènes plurielles où sont accueillis les futurs parents et particulièrement dans des situations de précarité ,d’isolement et/ou d’exil où la grossesse est plus particulièrement susceptible de se vivre en crise , je pense ici aux consultations des PASS, des Centres Médico Sociaux et leur PMI , les association d’entraide ou foyer, les lieux d’accueil parents-enfants ...et de mobiliser la créativité des professionnels pour faire vivre des lieux favorables à l’élaboration psychique de ce qui se jouent pour les futurs parents .

Le travail d’A. Lomo et T. Braun exposé dans la matinée nous permettra de nous pencher plus particulièrement sur une expérience en prévention communautaire menée à Strasbourg et les questions qui peuvent se poser autour de l’annonce du VIH chez la femme enceinte et l’homme en attente de paternité dans les populations africaines d’origine sub saharienne.

Le groupe de parole « accoucher en terre étrangère » que nous présentera Christine Davoudian médecin en PMI de Seine St Denis mettra lui l’accent sur le caractère étayant du groupe de femmes pour faciliter la construction d’un récit d’exil où prend place l’arrivée de l’enfant . Il s’agit de favoriser l’inscription de ce récit non pas en rupture avec un passé douloureux , enkysté, dont l’enfant sera le dépositaire mais en encourageant à travers ces rencontres de femmes la dynamique de transmission intergénérationnnelle, en invitant chacune à se construire mère et à se penser passeuse de vie dans l’adresse à l’enfant à naître d’un projet d’avenir rendu possible par un discours en construction sur le passé.

Dans le prolongement de ce travail, nos collègues du CMCO et de Hautepierre nous feront part de leur réflexions sur ce qui a été introduit au cours de la journée autour de la clinique de l’exil à partir de leurs pratiques de psychologue et assistante sociale en maternité .


[1Sylvie Germain « Lieux dit », Revue Parole d’Aube

[2S.Lebovici, « l’homme dans le bébé », revue française de psychiatrie , 1994

[3M Bydlowski « la dette de vie. Itinéraire psychanalytique de la maternité,PUF, 1997

[4S.Missonier, l’enfant du dedans et la relation d’objet virtuel. La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité, PUF 2006

[5R Teboul, 9 mois pour être père,1994

[6S.Missonier , devenir parent : entre créativité et vulnérabilité. Santé Mentale, n°21, oct 1997

[7D.Mellier : prévention précoce, parentalité, périnatalité.ARIP, eres

[8S.Missonnier : « accueillir un dancing baby », Colloque Avignon 2006

[9R.Stitou.Les sites de l’exil, universalité et singularité de l’exil, 1997

[10F.Benslama, l’enfant et le lieu .Parcours d’exil, Cahiers Intersignes n3 ,1991

[11O.Douville : clinique de la filiation à l’épreuve de l’exil : l’enfant-symptôme aux lieux de sa mère, Clinique méditérranéènnes n 64, eres

[12M.R Moro.Psychothérapie transculturelle des enfants de migrants, 1998

[13B . Doray et C . Dalargarja « La constitution de l’objet de la clinique dans une autre culture », 7me colloque international de périnatalité , Avignon 2006

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