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La paternité dans les sociétés industrialisées : mutations anthropologiques et enjeux psychiques

Argument

D 14 février 2007     H 23:59     A     C 0 messages


La paternité dans les sociétés industrialisées : mutations anthropologiques et enjeux psychiques

Par Françoise HURSTEL

(Intervention aux Journées de Parole sans frontière 2007 ; voir le programme en ligne)

Argument

Les années 1970 sont marquées par une prise de conscience des transformations de la paternité sous la forme de questions récurrentes et contradictoires : le père est-il mort et allons-nous vers une « société sans père » (Misterlisch, 1969) ? vers un déclin de son « image » (Tellenbach, 1983) ? vers une « révolte » contre son autorité (Mendel, 1968) ? Ou alors... les pères deviendraient-ils des mères, sans « place spécifique » (Naouri, 1985) ? Enfin... des formes inédites de paternité - une nouvelle "part du père" - ne seraient-elles pas en gestation (Delaisi de Perceval, 1981) ? Mais une question préalable, fondamentale (jamais posée jusqu’ici) et dont la formulation est liée au mouvement de la société depuis 200 ans conditionne la réponse à apporter à ces interrogations : qu’est-ce qu’un père ?

La fonction paternelle se caractérise par une double inscription. Dans le champ social, elle s’inscrit principalement par le biais des montages juridiques (lois concernant la généalogie, la filiation et la parenté). Ils désignent qui est le père, quel est son statut et quels sont ses fonctions. Ces dernières sont au nombre de trois : engendrement, transmission du nom et des biens, éducation et nourrissage. Elles sont agencées de façon spécifique en chaque société. Dans le champ de la subjectivité, la fonction paternelle se transmet et s’inscrit dans chaque sujet par le biais des montages familiaux : le complexe d’Oedipe est la structure qui, dans un sujet, établi qu’il y a du père comme « représentant de la loi ». La loi est définie ici comme « celle qui en réglant l’alliance superpose le règne de la culture au règne de la nature vouée à la loi de l’accouplement. L’interdit de l’inceste (...) en est le pivot subjectif » (Lacan, 1953). Le terme de père recouvre ainsi un ensemble de fonctions où langage et culture produisent et garantissent l’exercice de la parenté qui fondent l’enfant comme sujet social et sujet parlant en le privant de la jouissance de la Mère. La « personne » et le « rôle » du père sont à distinguer de la « fonction ». La -ou les -personnes désignées pour assumer une fonction du père varient selon les sociétés. Le rôle peut être défini comme l’ensemble des comportements auxquels les autres s’attendent d’un père (Stoetzel, 1978). Il dépend de facteurs sociaux et personnels : conditions de vie, représentation de la masculinité, tradition familiale, traits de caractère et histoire personnelle.

En tous ses aspects la fonction du père subit aujourd’hui de véritables mutations. On peut les suivre en prenant l’exemple français. Avec les lois de 1935 (abolition du droit de correction paternel) et surtout de 1970 (« l’autorité parentale » remplace « l’autorité paternelle »), le statut juridique de toute-puissance du père (le pater familias issu du droit romain) a été abrogé. Avec celle de 1972 (égalité des filiations légitimes et naturelles) la mère a hors mariage l’autorité parentale exclusive. Les progrès des sciences biologiques qui permettent de prouver la paternité du géniteur, les modes artificiels de procréation contribuent aussi à faire éclater la définition classique de la paternité : au lieu d’un seul homme assumant l’ensemble des fonctions, on peut voir désormais de plus en plus d’individus différents assumer leur exercice : le géniteur n’est plus forcément le donneur du nom, ni l’éducateur... La baisse des mariages et l’augmentation des concubinages accentuent cette tendance. Le rôle se transforme également, cela principalement sous l’influence de la transformation du statut des femmes. Ces mouvements s’accompagnent dans le champ psychologique de processus dont nous commençons à apercevoir les traits. Souvent vécus avec malaise, ils se situent aussi bien au niveau de l’inscription subjective de la fonction que des modalités du devenir-père pour un homme aujourd’hui.

Françoise Hurstel

Bibliographie

G. Delaisi de Perceval, La part du père, Paris, Seuil, 1981.

Lacan, (1953), Fonction et champ du langage de la parole en psychanalyse, in Ecrits, Paris, Seuil, 1966.

C. Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté, Paris, PUF, 1962.

G. Mendel, La révolte contre le père, Paris, Payot 1968.

A. Misterlisch, Vers la société sans père, Paris, Gallimard, 1963, traduction française 1969.

A. Naouri, Une place pour le père, Paris, Seuil, 1985.

H. Tellenbach, L’Image du père dans le mythe et l’histoire, t.I, Paris, PUF, 1983


Voir en ligne : Intervention aux Journées de Parole sans frontière 2007 (voir le programme en ligne)

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