PAROLE SANS FRONTIERE - PSYCHANALYSE ET EXIL

Torture et...Institution ?

Argument intervention Cihan Gunes

D 21 novembre 2012     H 11:07     A     C 0 messages


Torture et ...Institution ?

« Il n’y a pas de commune mesure entre la terreur et ma terreur »

S’il est une donnée primordiale de penser lorsque l’on reçoit des personnes qui ont été victimes de torture, c’est bien les effets de celle-ci dans le rapport entre le sujet et le monde. Le monde, comme il se l’est représenté jusqu’alors, mais aussi au-delà... Le rapport au corps et aux autres s’en trouve indéniablement perturbé, certes. Mais ce qui apparaît très vite au clinicien, à travers l’écoute qu’il propose de cet impossible à dire, c’est en quoi le monde a changé pour cette personne, qui serait à distinguer de son monde. Car la torture n’ébranle pas seulement une personne, une vie et ses coordonnées subjectives, mais elle agit sur toute l’Institution humaine, en cela qu’elle met à mal la question même de l’humanité. C’est le grand cadre qui s’en trouve fissuré, ce cadre institutionnel sur lequel devraient pouvoir se reposer et s’inscrire les histoires d’un pays, d’une famille, d’une personne.

À l’endroit où le clinicien se veut offrir un espace permettant à une personne d’historiciser des évènements de son histoire, les subjectiver afin qu’ils ne fassent pas trou, pas trauma, il est forcer de s’apercevoir qu’un tel cheminement ne peut se faire à l’endroit où plus rien ne peut le porter... L’élaboration subjective apparaît alors soudainement comme plus proche d’une folie que d’une manière, aussi (in)fructueuse soit-elle, de s’en protéger. Dans cette optique, la constitution d’un traumatisme psychique apparaîtrait quant à elle clairement comme une défense contre ce nouveau monde.

La violence mise en acte dans la torture a-t-elle pour but de faire exploser les coordonnées symboliques d’une personne...et/ou la possibilité de coordonnées symboliques dans une société ?
Quelle place prend la torture dans l’Institution ? Que reste-t-il de l’Institution lorsqu’il y a torture ? Que vient-elle tenter de détruire, au-delà du sujet ?

Nous nous proposons ici de questionner les effets de la torture dans le champ de la dimension institutionnelle comme une réflexion en amont des effets sur une personne, en faisant l’hypothèse que l’horreur de cet acte vient tout désordonner, mettant en place un nouvel ordre qui aura des effets non seulement sur la personne qui aura subit ces actes dans la réalité de son corps et de sa psyché, mais également sur toute une société et son organisation humaine et sociale...jusqu’à traverser, avec la même volonté destructrice nos sociétés dites d’accueil et nos lieux de consultations.

Nous nous réfèrerons au travail de Maren et Marcelo Vinar, notamment dans l’ouvrage « Exil et Torture » où ils tentent de présenter une analyse des effets de la torture dans sa dimension institutionnelle dans la dictature Uruguayenne des années 70-80. Ils s’y mettent au risque (fou ?) de penser comment la torture abolit les limites entre réel et symbolique au sein de toute une société...

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