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Rêves, Culture, Subjectivité - Argument - par Françoise Hurstel

Argument pour un débat

D 6 avril 2013     H 14:21     A     C 0 messages


Rêves, Culture, Subjectivité :

Argument pour un débat

« Ne faut-il pas impérativement restaurer le rêve dans ses droits pour sortir notre civilisation de l’empire du traumatisme d’une vie ordinaire réduite à des fonctions normatives ? ». R.Gori, 2013.

Les rapports entre rêves, culture et subjectivité sont complexes et sont à différencier selon leur inscription dans le temps et dans l’espace ; ils posent la question des rapports entre la singularité des histoires subjectives et les appartenances culturelles telles qu’elles s’inscrivent dans les rêves.

J’étudie depuis une dizaine d’années ces rapports à partir de trois « terrains » :

1) Récits de rêves et visions prémonitoires recueillis en Corse auprès de personnes

2. Etude des récits de rêves recueillis par Charlotte Beradt entre 1933 et 1938, liés au contexte politique de la montée du nazisme, engendrant des rêves traumatiques d’impuissance et de terreur.

3) Rêves recueillis dans le cadre de psychothérapies et psychanalyses, si l’on veut bien m’accorder que le dispositif élaboré par Freud constitue un « terrain » privilégié des récits de rêves dans le cadre de l’actualité brûlante de l’histoire contemporaine.

Quelques pistes de réflexions et questions :

1) Dans le rêve il y a une interdépendance en même temps qu’une spécificité entre la singularité de l’histoire d’un sujet et l’ensemble de « l’imaginaire social » (Castoriadis) et des « rapports sociaux » (Marx). Comment préciser interdépendance et spécificité dans le rêve en tenant compte des cultures et des périodes historiques ?

2) Il en ressort que lorsqu’on met en première place l’économique, la gestion, la consommation avec la rentabilité comme valeur fondamentale- ce qui est le cas dans nos sociétés-, le rêve, la rêverie, la poésie, l’art… ne peuvent plus être accueillis comme des données essentielles au devenir de l’être humain. Sommes-nous une société où il y a « inhibition de rêver » (Gori) ?

3) Roger Bastide, sociologue, spécialiste de l’Amérique latine, note que l’homme occidental contemporain est coupé en deux entre psychique et social, rêve et travail, vie diurne et vie nocturne : nous ne nous intéressons, écrit-il, qu’à « l’homme éveillé, comme si l’homme endormi était un homme mort ».

Prenons-nous encore « soin de nos rêves comme signe d’existence », pour reprendre une expression de M. Foucault, ou ne sommes – nous pas des hommes endormis donc déjà des hommes morts ? La psychanalyse n’est-elle pas une des voies qui permettra dans l’avenir « d’institutionnaliser » les rêves (i.e. de leur reconnaître une fonction sociale) ?
Françoise Hurstel
Bibliographie utilisée pour l’exposé.

Bastide Roger (1972) Le rêve, la transe et la folie. Paris, Seuil 2003, (1ère partie).

Beradt Charlotte (1981) Rêver sous le IIIème Reich. Paris, P. B. Payot, 2004.

Castoriadis Cornelius La montée de l’insignifiance. Paris, Seuil, 1996.

Freud Sigmund (1900) L’interprétation des rêves. Paris, PUF, 1967.

Foucault Michel, Le souci de soi. Histoire de la sexualité 3,Paris, Gallimard,(chap.I).

Gori Roland La fabrique des imposteurs. Paris, ed.LLL, 2013, (chap. 4).

Hurstel Françoise « Rêves et visions comme intermédiaires entre les vivants et les morts en Corse » in Etudes sur la Mort, n°128, 33-42, 2006.

Hurstel Françoise « Fondements psychiques du nazisme et rêves sous le IIIème Reich » in Clinique de la déshumanisation. ( Dir. J.R.Freymann), Toulouse, Erès (Arcanes), 2011.

Hurstel Françoise « Figures et fonctions de la mort en Corse : un monde en mouvement » in Etudes sur la Mort, n° 142, 157-172, 2012.

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