PAROLE SANS FRONTIERE - PSYCHANALYSE ET EXIL

Droit, justice et raison d’Etat dans le cadre de la demande d’asile - Argument de la journée du 21 mars 2015

D 3 mars 2015     H 15:45     A Claude BARBOT     C 0 messages


Le droit des étrangers : incidences cliniques et approches comparatives

Argument

Avec le thème choisi, le droit des réfugiés dans la demande d´asile, nous sommes rattrapés par l´actualité brûlante des réfugiés fuyant les zones de combats se déroulant en particulier au Moyen Orient. Depuis de nombreuses années nous assistons à l´exode massif de migrants partis d´Afrique sur des embarcations surchargées pour rejoindre les pays de l´UE, via l´Italie, l´Espagne, la Grèce ou Malte. Bon nombre de ces migrants (femmes, enfants et personnes de tous âges) périssent en mer avant d´avoir pu atteindre les côtes des états sud de l´UE. Si les états de l´UE ont ratifié la Convention de Genève, chacun a son dispositif d´accueil propre en lien avec sa politique migratoire et sa propre législation. Les accords de Shengen et de Dublin ont entraîné, par leur situation géographique, des déséquilibres vis à vis de l´accueil entre les différents pays de l´Union, ceux du sud et ceux du nord.
Depuis des années des personnes fuient massivement les zones de combats générées par des guerres civiles, confessionnelles, ethniques et autres. Les populations civiles, livrées sans protection à toutes formes de violences en paient le prix fort. Un nombre très important de personnes trouvent refuge aux frontières limitrophes de leur pays d´origine dans des états qui doivent faire face à des afflux rapides et massifs de réfugiés, démunis et fortement traumatisés. Au vu de ces situations il s´agit non seulement de traumatismes individuels, mais de traumatismes collectifs, touchant des communautés entières. En tant que pays frontaliers d´autres problèmes s´ajoutent à leur capacité d´accueil (se mêlent aux réfugiés des individus ayant participés aux exactions) et les réfugiés rejoignant l´Europe ne représentent en fait qu´une minorité de ces populations en exode. Concernant ce public parvenu jusqu´en France nous sommes dans notre pratique clinique souvent confrontés à la problématique du traumatisme. La prise en charge est rendue d´autant plus difficile que la situation de ces personnes en lien avec des dispositifs d´accueil est extrêmement précarisée.
Toutes les zones des conflits actuels se situant aux marches des pays de l´UE sont des situations dramatiques de grande ampleur qui devrait faire prendre par l´EU de nouvelles orientations concernant la problématique des réfugiés qui ne peut plus être traitée pays par pays, chacun selon ses convenances politiques en s´arrangeant avec des réglementations, des dispositifs administratifs propres, « bricolés » au cours de années. Il s´agit bien d´une problématique concernant toute l´UE. Notre pratique clinique est directement influencée par la complexité du dispositif d´accueil et la législation de la demande d´asile. Lorsque nous sommes sollicités pour prendre en charge des personnes en souffrance en lien avec leur parcours de réfugiés, celle-ci se trouve entretenue, nourrie par les conditions réservées aux réfugiés « de fait ». Une sorte d´harmonisation des conditions d´accueil, de prise en charge psychologique, médicale, sociale, nécessite de revoir la législation du droit d´asile au niveau de l´UE pour aboutir à une cohérence, un traitement plus juste, moins déshumanisant des demandeurs d´asile. Cette journée pourra nous donner l´occasion de discuter de ces questions où se mêlent étroitement le juridique et la clinique concernant les réfugiés, leurs traumatismes. Tous les acteurs des différents pays de l´UE intervenant dans ces prise en charges, sociales, médicales, font les mêmes constats sur l´influence des dispositifs d´accueil, la législation qui les régie et le coté déshumanisant qui en résulte.

Claude Barbot

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