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Survivre dans la « Sibérie roumaine » : les communautés des déportés dans la plaine de Bărăgan (1951-1956) - argument

D 1er octobre 2014     H 11:14     A PSF     C 0 messages


Survivre dans la « Sibérie roumaine » : les communautés des déportés dans la plaine de Bărăgan (1951-1956)

En Roumanie, le phénomène des déportations ne devient un sujet de recherche qu’après la chute du régime communiste en décembre 1989. En janvier 1945, à la demande de l’Union Soviétique, des citoyens roumains d’origine allemande sont déportés en Sibérie. Quatre ans plus tard, cette pratique s’étend à d’autres catégories d’individus, indépendamment de leurs origines ethniques, perçus comme adversaires du nouveau régime. Il s’agit, pour la plupart d’entre eux, de paysans qui s’opposent à la collectivisation, mais aussi d’anciens fonctionnaires et militaires de la Roumanie monarchique ou de détenus politiques en liberté conditionnelle. Dans la nuit du 18 au 19 juin 1951, le deuxième jour de la Pentecôte, sans aucun avertissement, le gouvernement roumain initie la déportation de plus de 33.000 personnes habitant dans le sud-ouest du pays, le long de la frontière yougoslave. Des familles entières sont ainsi déplacées à des centaines de kilomètres, dans la plaine de Bărăgan, une région au climat hostile, surnommée la Sibérie roumaine. À la fin de l’année 1955, les déportés reçoivent l’autorisation de regagner leurs anciennes demeures, mais beaucoup d’entre eux restent néanmoins dans la plaine de Bărăgan. En 1964, les villages abandonnés, à la suite du retour des personnes déportées dans leur région d’origine, sont détruits par les autorités roumaines pour effacer toute trace de la répression.
En premier lieu, je me propose d’établir le cadre historique de ce phénomène et de répondre à quelques questions fondamentales : quelles sont les origines sociales des personnes déportées, quelles sont les raisons de ce déplacement, quelle est l’ampleur exacte de cet événement ? En deuxième lieu, j’étudie la création de ces nouvelles communautés, leur façon de vivre, les liens et les amitiés qui se nouent entre elles, leurs rapports avec les autorités, leur forme d’organisation sociale. En dernier lieu, j’analyse la construction et les formes de la mémoire individuelle et collective des survivants de la déportation en Bărăgan. Dans quelle mesure ce déracinement, ce déplacement forcé est-il perçu comme une tragédie à la fois personnelle et collective ? La recherche s’appuie sur des sources orales et écrites publiées après la chute du régime communiste.

Andrei Florin Sora, maître de conférences (lector) à la Faculté d’Histoire de l’Université de Bucarest, docteur en histoire de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris et de l’Université de Bucarest (2009). Ses principaux thèmes de recherche sont : la socio-histoire des élites roumaines, les fonctionnaires publics, l’histoire institutionnelle de la Roumanie dans les XIXe et XXe siècles.
Courriel : andreisora@yahoo.com

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