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Demande et transfert dans le travail d’accueil et d’orientation - colloque RESEDA 2014 - Strasbourg

Argument et programme

D 4 novembre 2014     H 21:43     A PSF     C 0 messages


Argument proposé pour le Colloque RESEDA de novembre 2014

Demande et transfert dans le travail d’accueil et d’orientation

Quelle que soit l’organisation de nos centres de soins pour victimes de torture, nous sommes tous confrontés à un premier temps de rencontre avec les patients au cours duquel nous avons à résoudre un certain nombre de difficultés liées à l’accueil de la demande du patient et au « traitement » de cette demande. Deux problèmes en particulier sont à résoudre : repérer les victimes de torture, orienter les patients vers des soins en interne ou en externe.

1) Dans certaines consultations exclusivement réservées aux victimes de torture, la question de l’inclusion du patient dans la file active va se poser d’emblée. Dans d’autres structures de soins, qui accueillent les migrants sans se limiter aux victimes de torture, cette question va pouvoir être repoussée dans le temps et n’aura pas le même caractère pressant.

Comment chacun se débrouille-t-il avec cette question, aussi bien au plan organisationnel qu’au plan clinique ?

La spécificité des soins psychothérapiques en termes de victimes de torture fait-elle l’objet d’une information auprès des partenaires susceptibles d’adresser des patients qui influence la manière dont les patients nous sont adressés ? Autrement dit, les partenaires en amont opèrent-il déjà une certaine sélection ou la structure se garde-t-elle cette tâche ?

Sur le plan clinique, c’est la dimension transférentielle qui prévaut. Comment concilier deux exigences en apparence antinomique : d’une part accueillir en permettant l’instauration d’un transfert, et d’autre part repérer les victimes de torture ? Autrement dit, comment repérer les indications d’un suivi psychothérapique ?

La référence aux cliniques psychanalytiques (dites gratuites), qui ont existé en Europe après la première guerre mondiale est utile : c’est en leur sein que fut élaborée la distinction entre l’activité psychanalytique de consultation et d’accueil et l’engagement dans une cure psychanalytique proprement dite. Le psychanalyste chargé des consultations psychanalytiques d’accueil devait en quelques entretiens repérer les problématiques psychopathologiques du patient et en déduire des indications ou des contre-indications. Il avait alors la charge d’adresser en interne les patients à ses collègues pour démarrer des cures psychanalytiques ou au contraire de leur refuser cette orientation et, sans doute, les adresser ailleurs.

Nous entendons souvent mentionner ces deux difficultés spécifiques par ceux qui sont chargés de ces consultations d’accueil : comment adresser à quelqu’un d’autre un patient avec lequel un transfert a commencé à se nouer ? Et, plus difficile encore, comment refuser à tel autre patient un suivi en interne et lui faire accepter une orientation extérieure à la structure de soins ?

La formalisation extrême sous la forme d’entretiens dirigés ou de questionnaires préétablis est peut-être une réponse, elle protège le psychothérapeute consultant des effets transférentiels mais elle prive aussi de la dimension psychothérapique extrêmement précieuse que peut, et doit sans doute, revêtir le temps de la première rencontre.

La réponse est à la fois technique (Quel degré d’interventionnisme ou d’écoute flottante ? Jusqu’où peut-on poser des questions ? Est-il possible, justifié, souhaitable, et comment, de recueillir des éléments de récits concernant d’éventuelles violences ? Etc.), mais surtout de position vis-à-vis du transfert (ou du contre-transfert) de la part de celui qui accueille.

La question de la demande est elle aussi primordiale lors de ce premier temps de la rencontre. Tous les patients qui nous sont adressés ne sont pas en position de s’engager d’emblée dans un processus psychothérapique ou psychanalytique. Leur demande initiale est plutôt celle de l’éradication chimique des symptômes. C’est le rôle de ces premiers entretiens d’accueil que de permettre à une demande de type analytique (une demande psychothérapique) de pouvoir se formuler. Il serait intéressant que chacun puisse témoigner de la manière dont il propose le travail psychothérapique, avec quels mots, avec quelles images et quelles métaphores il suggère qu’un travail basé sur la parole puisse être utile et thérapeutique.

2) la seconde difficulté est celle de l’orientation. Comment chaque structure a-t-elle formalisé, ou non, les modalités de sélection des patients qui seront suivis en interne par rapport à ceux qui devront être renvoyés à des partenaires extérieurs ?
Comment ces modalités sont-elles mises en œuvre et parlées, verbalisées ? Que dit-on au patient ? Quel degré d’ouverture persiste ?

De quelle manière chaque structure parvient-elle à s’appuyer sur un réseau de partenaires thérapeutes extérieurs vers lesquels orienter les patients qui ne pourront être admis en interne ? Comment se sont établis les liens avec ces partenaires ? La qualité des liens facilite-t-elle le travail d’orientation ? Des procédures ont-elles été mises en place, formelles ou informelles, pour s’assurer du suivi des orientations ou pour rattraper une orientation qui n’a pas fonctionné ?

C’est à partir de l’expérience clinique très concrète et quotidienne de chacun de nous dans nos structures de soins que nous pourrons, au cours de notre rencontre de novembre à Strasbourg essayer de témoigner pour déplier ces questions. L’intérêt serait de s’enrichir mutuellement à partir des expériences spécifiques des autres, sachant que chaque structure ayant son organisation, son histoire et son insertion socio-politique particulière, elle induit forcément des pratiques cliniques et des manières de faire spécifiques et originales.

Programme de l’après-midi (14h00- 17h00) :

- Dr Myriam Cayemittes, présidente de Parole sans frontière : Introduction

- Sibel Agrali et Déborah Caetano - Centre Primo Levi (Paris)

- Pascale de Ridder "Comment installer un cadre thérapeutique lorsque le social est à l’avant-plan, comment maintenir un idéal d’accueil institutionnel collectif", Ulysses, Bruxelles

- Philippe Conne et Christine Uwimana (Appartenances, Lausanne, Suisse)

Modération : Cihan Gunes, Parole sans frontière

Lieu  : Amphithéâtre de la Clinique Psychiatrique, Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, 1 place de l’Hôpital.

Entrée libre.

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